Débat thématique sur l’obésité en séance plénière
Intervention d’André du Bus à Fadila LAANAN, Ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’égalité des chances
Madame la Ministre,
Parfois en politique, on ne sait pas si on doit rire ou pleurer. Parce que, nom d'une pipe, si il est un sujet que certains d'entre nous suivent depuis des années, c'est bien celui de l'alimentation et de l'obésité. Et l'actualité ne démontre qu'une seule chose : la situation se dégrade.
Donc, début mai, de nombreux médecins spécialistes, dont des experts venus du Canada, de Suisse et de France, se sont réunis à Bruxelles pour lancer un cri d’alerte quant à l’incidence très préoccupante de l’obésité (en particulier dans la population infantile). Ils relèvent combien la prise en charge de cette problématique reste déficiente et inadaptée en Belgique. Tous ces spécialistes plaident pour une mobilisation générale contre cette maladie.
Car, il faut le reconnaître, ce qui devrait être et rester avant tout un vrai plaisir, manger, conduit aujourd'hui à la maladie, dès lors que l'on mange trop et mal.
Nous ne pouvons rester insensibles à l'appel de ces experts. Le plus désolant, madame la Minsitre, réside en ceci qu'on a le sentiment que les lignes ne bougent pas, ou peu, et que les résultats ne sont pas au rendez-vous.
J'en viens aux chiffres, aux résultats des études. Une enquête récente sur le système de santé belge, réalisée par le KCE en collaboration avec l’INAMI et l’ISP, a montré que notre système de soins était globalement performant. Nous le savions. Il restait toutefois déficitaire dans certains domaines, dont précisément celui de la surcharge pondérale et du manque d’activité physique réalisé par la population.
En effet, près d’un Belge sur deux souffre actuellement de surpoids ou d’obésité et un enfant sur quatre est en surpoids. Si nous ne faisons rien, c’est notre société toute entière qui risque de devoir assumer de problèmes collatéraux de l’obésité. Devons-nous le rappeler, l’obésité engendre des problèmes de santé lourds (diabète, maladie cardio-vasculaires,…), tant sur le plan physique que sur le plan psychologique et social. Le diabète et ses conséquences représentent 10 % aujourd'hui des coûts de soins de santé. On le rappelle chaque année, lors de la journée mondiale consacrée au diabète.
Aux Etats-Unis, où le surpoids touche 40% des enfants, pour la première fois dans l'histoire, l’espérance de vie des enfants est moindre que celle de leurs parents.
Voilà pour les données actualisées.
Mais l'actualité met aujourd'hui un Belge à l'honneur en attribuant le prestigieux Prix Francqui, considéré comme le Nobel belge, à Olivier De Schutter, rapporteur aux Nations Unies pour le droit à l'alimentation. Dans le rapport de 2012 – je cite Le Soir de ce jour- Mr De Schutter avait souligné le laxisme des gouvernements, qui ne garantissent pas le droit à une alimentation saine, tout comme celui de l'industrie alimentaire responsable d'une exposition accrue à la malbouffe.
Il propose cinq actions prioritaires : taxer la malbouffe, réglementer les aliments riches en graisses saturées, en sel ou en sucre, limiter la publicité pour la malbouffe, réduire les subventions agricoles qui réduisent artificiellement les prix des matières premières entrant dans la composition de la malbouffe, et soutenir la production locale d'aliments sains, frais et nutritifs.
Madame la Ministre, nous savons qu’au travers de la FWB, vous mettez en œuvre toute une série de projets relatifs aux attitudes saines et que vous accordez de l’importance à la problématique du surpoids, nous en avons déjà souvent discuté dans cette enceinte. Toutefois, les constats que je viens d’exprimer sont bien réels. Etant donné le contexte budgétaire actuel, quels axes prioritaires devrait-on, selon vous, solliciter davantage pour limiter cette pandémie ?
Par ailleurs, prévenir l’obésité par la modification des habitudes alimentaires renforce la stigmatisation et l’exclusion des personnes en surpoids. Dans ce contexte, l’enjeu de la prévention est d’agir davantage sur les conditions de vie plutôt que sur les seuls comportements individuels. Madame la Ministre, comment peut-on éviter que certaines campagnes n’aient pas un effet contre-productif car stigmatisant pour la population à risque de surpoids ? Je rappelle ici que la discrimination à l'égard des enfants obèses commence très tôt : cela commence par des phénomènes de rejet de groupe qui se prolongent par le refus de participer à des activités collectives (voyages scolaires ou camps de vacances). L'exclusion est en marche, parfois irrémédiablement !
Il est évident que le niveau socio-économique, le soutien social ou encore la situation familiale sont tant de facteurs qui influencent également l’obésité. Je voudrais rappeler ici les chiffres relatifs aux déterminants de la santé. La contribution potentielle à la réduction de la mortalité est d'abord due au style de vie (43%), ensuite à notre biologie (27%), puis à l'environnement (19%) et enfin au système de soins (11%). Ces chiffres démontrent une fois de plus l'influence majeure et primordiale des comportements et du style de vie. Et une étude récente démontre que les changements de comportements sont beaucoup mieux adoptés dans des activités de groupes, où joue la pression sociale, qu'à titre individuel.
La question est donc de savoir Comment la FWB peut-elle agir plus vivement sur l’environnement et les conditions de vie plutôt que sur l’individu seul pour lutter contre cette affection ?
En termes d’éducation aux médias, qu’est-ce que la FWB met en place actuellement pour aider les enfants à résister à la pression véhiculer par la publicité pour l’alimentation ?
Il est essentiel de détecter l’obésité le plus précocement possible. Traitée dans l’enfance, elle peut être diminuée dans 75 % des cas. A l’adolescence, on ne pourra déjà plus éviter la problématique que chez un jeune sur quatre. Des mesures ne devraient-elles pas être prises pour renforcer le dépistage des problèmes d’obésité infantile ?
A une précédente question orale, vous aviez indiqué que l’étude « Health Behaviour in school-aged Children (HBSC) menée par l’Ecole de santé publique de ULB auprès des écoles de la FWB de 2010, devait remettre ses résultats fin 2012. En avez-vous connaissance à présent?
Par ailleurs, votre projet de cahier spécial des charges « alimentation saine, savoureuse et durable », a maintenant été lancé depuis plus de 6 mois, pouvez-vous nous donner de plus amples informations sur l’état actuel de son opérationnalisation ? D’autres lieux d’accueil et d’hébergement de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse pourraient-ils bénéficier de ce cahier des charges ?
Etant donné la complexité et l’importance de la problématique de l’obésité, ne serait-ce pas pertinent de développer (comme le Plan cancer) un programme global de prévention et de soins de l’obésité pour envisager des actions plus fortes, transversales et surtout multidisciplinaires?
A l’instar des réflexions sur les maladies chroniques, des conférences interministérielles se penchent-elles spécifiquement sur cette problématique pour tenter de trouver, pour la population belge, des solutions adéquates et durables ?
Dans cette optique, où en est actuellement le Plan national Nutrition Santé ?
Enfin, « 0-5-30 », c'est le nom de la campagne santé mise sur pied mi-avril par la Fédération des provinces wallonnes pour veiller quotidiennement à la santé de ses habitants. Soit, 0 tabac, 5 fruits et légumes par jour et 30 minutes d’activité physique, qui sont trois facteurs essentiels pour éviter l’obésité, les maladies cardio-vasculaires, les cancers et d’autres maladies chroniques fréquentes.
Pour votre information, j’ai déposé en mars 2012 une proposition de loi au Sénat visant à apposer un avertissement sanitaire sur les publicités pour promouvoir une alimentation saine, dont notamment un logo didactique prônant le concept du « 0-5-30 ». Madame la Ministre, quel est votre avis quant à cette campagne ? Envisagez-vous que cette campagne soit soutenue par votre gouvernement et étendue à l’ensemble de la FWB (comme la campagne française « manger/bouger » qui a fait ses preuves)?
Beaucoup de questions, Madame la Ministre, pour que manger reste avant tout un vrai plaisir !!!
Commentaires
merci de lutter contre l'obésité qui mène rapidement à une mauvaise image de soi et à l'exclusion. Un point important dans l'alimentation est de gérer bien entendu la qualité et la quantité de la nourriture mais aussi le rythme des repas.Dans notre société, on peut remarquer que les 3 repas familiaux de jadis sont de plus en plus remplacés par une alimentation solitaire et à tout moment au long de la journée et aussi de plus en plus la nuit pour les jeunes (ordi), ce qui entraîne une prise de nourriture trop abondante et ne permet plus à l'estomac de digérer et de se reposer entre les repas.