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Europalia Turquie | Quid du pan arménien?

Soumis par andredubus le

EN BREF :
 
L'exposition Europalia destinée essentiellement à faire connaître et mettre en avant le patrimoine culturel d'une espace, mettra à l'honneur la Turquie en 2015. Une première fois refusée en 1990 notamment en raison de son régime politique, la Turquie cette fois sera l'invitée culturelle de 2015. 
 
Ceci dit, des événements contribuent aujourd'hui à soulever certaines interrogations. Notamment en ce qui concerne les principes de liberté de presse et d'expression ou concernant les rapports "difficiles" entre les niveaux de pouvoirs.
 
Par ailleurs, le génocide arménien n'est actuellement toujours pas reconnu par les autorités turques bien qu'il le soit par plusieurs assemblées au sein de nos sociétés. 
Dans la perspective d'une exposition culturelle, Didier Reynders assure qu'aucune impasse ne sera accordée en ce qui concerne l'apport de la culture arménienne. 
 
A noter que c'est l’État fédéral qui se chargera de "soutenir" financièrement ce projet  et ce malgré son caractère culturel;  la Fédération Wallonie-Bruxelles contribuant cependant de manière symbolique. 
 
Pour les détails, voir la demande d'explications ci-dessous.


Demande d’explications de M. André du Bus de Warnaffe au vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes sur «Europalia Turquie en 2015» (no 5-4211)

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Nous ne changeons pas vraiment de sujet puisque ma réponse porte également sur la Turquie.

Monsieur le ministre, récemment vous avez fait une communication sur l’organisation de la prochaine exposition Europalia 2015 qui mettra en valeur le patrimoine turc.

En raison du caractère éminemment culturel du sujet, on aurait a priori pu croire que c’est à la Fédération Wallonie‑Bruxelles qu’il revient d’assurer principalement la part publique de la charge financière de cette exposition. Il n’en est rien puisque la ministre de la Culture de la Fédération Wallonie‑Bruxelles a récemment affirmé que la Fédération ne prendrait en charge qu’un montant de deux fois 25 000 euros. Ce montant revêt un caractère symbolique si on le compare au montant des subsides de la dernière exposition qui s’était élevé à 1 312 300 euros. C’est donc l’État fédéral, nous a‑t‑elle dit, qui assurera le principal de cette opération à la fois culturelle et diplomatique.

J’utilise à dessein le mot diplomatique car, dans ce dossier, les enjeux culturels peuvent prendre une tournure diplomatique pour deux raisons principales. D’abord, en raison de la candidature de la Turquie à l’Union Européenne, candidature dont le processus vient d’être relancé, et dans ce contexte, de son adhésion à la Convention européenne des droits de l’homme. Ensuite, en raison du dossier relatif à la reconnaissance du génocide arménien, dossier qui porte en lui une dimension éminemment culturelle.

Dans les années 1990, un projet d’exposition Europalia Turquie avait été refusé, principalement en raison du régime en vigueur de l’époque, peu compatible avec nos valeurs démocratiques. De ce côté et en vingt ans, les choses ont manifestement évolué. L’ensemble du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne en témoigne largement.

Ceci étant, les derniers événements relatifs à la détention des journalistes et aux jugements dont ils font l’objet mettent un bémol à ce constat et soulèvent des questions sérieuses sur l’entendement dont le gouvernement actuel fait montre à l’égard du principe fondamental de la liberté de la presse. Il en est de même avec la liberté d’expression si l’on en juge par les soulèvements populaires qui ont secoué Istanbul et Ankara depuis le mois de juin de l’année dernière. Les rapports de police ont fait état de 2,5 millions de manifestants et les services médicaux évoquent les chiffres de 8 000 blessés et de sept personnes tuées ou décédées des suites de leurs blessures. Donc, si l’évolution de la Turquie est manifeste depuis vingt ans, des questions fondamentales subsistent. Sans parler des événements récents qui mettent à mal les rapports entre le gouvernement, la justice et la police.

L’autre enjeu, éminemment culturel, porte sur le génocide arménien dès lors que ce génocide s’est accompagné de la destruction d’un patrimoine culturel religieux inestimable. On évoque la destruction de plus de deux mille édifices religieux et la spoliation de l’ensemble des biens qui y étaient attachés.

L’année de l’exposition Europalia, 2015, est également l’année de la commémoration du centième anniversaire du génocide arménien, génocide dont la reconnaissance est toujours refusée par Ankara alors que ce fait historique est reconnu comme tel aujourd’hui par de nombreux pays européens, tout comme par le Parlement européen lui‑même. Notre assemblée l’a reconnu également en 1998. Si les lignes commencent à bouger timidement du côté turc, principalement sous la pression de nombreux intellectuels, le chemin semble encore très long, voire trop long aux yeux de la population arménienne qui a connu l’exode.

Ma question, monsieur le ministre, est de connaître les mesures qui seront prises pour qu’Europalia 2015 ne fasse pas l’impasse sur le pan arménien de la réalité culturelle historique turque dont l’identité s’est bâtie durant quasi un siècle, entre autres, sur la négation même du génocide arménien.

M. Didier Reynders, vice‑premier ministre et ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes. – Le festival Europalia est effectivement un événement culturel de grande ampleur et la mission de l’asbl Europalia est avant tout de renforcer le dialogue au sein de l’Europe et entre l’Europe et les grandes cultures du monde. Plusieurs expositions ont été organisées en partenariat avec des membres de la Communauté puis de l’Union européenne, ainsi qu’avec des pays extérieurs à notre Union.

Le choix de la Turquie comme pays invité s’inscrit dans le souhait de présenter la culture des grandes puissances émergentes et des acteurs économiques et culturels incontournables du XXIème siècle : la Belgique, dans le cadre d’Europalia, a par exemple déjà eu pour partenaires la Russie, le Brésil et l’Inde. Ce choix permet également de mettre en avant un pays à la fois candidat en négociation d’adhésion à l’Union européenne et un carrefour de cultures.

Vu l’ampleur du festival et son mode de financement partagé entre la Belgique et le pays invité, il est évident que certaines dimensions diplomatiques entrent en jeu : un festival à ce niveau n’est pas réalisable sans la participation du gouvernement du pays invité, notamment en vue de l’obtention de chefs‑d’œuvre du patrimoine pour les expositions majeures et de la visite du chef d’État à l’occasion de l’ouverture officielle du festival.

Ceci n’empêche pas Europalia de mener à bien sa mission artistique en toute indépendance. Bien que les financements provenant d’autres niveaux de pouvoir que le fédéral soient les bienvenus et qu’il soit loisible à chaque communauté, région ou autre entité du pays de définir sa contribution, c’est le département des Affaires étrangères qui supporte l’asbl et développe le partenariat avec le pays invité.

Comme vous le notez, la situation en Turquie a évolué dans le bon sens ces vingt dernières années. Si des progrès doivent encore être accomplis, notamment en matière de respect des droits de l’homme, je suis d’avis que l’organisation d’Europalia Turquie est un facteur positif dans le contexte des relations de la Turquie avec l’Union européenne et pourrait contribuer à un changement des mentalités de part et d’autre. Il faut toutefois souligner qu’Europalia se consacre à la culture et n’a pas pour dessein l’apologie d’une politique ou d’un régime.

Quant à votre question relative au pan arménien du festival, le préaccord signé le 2 octobre dernier entre Europalia et la Turquie mentionne : « Europalia Turkey will offer a broad representation of the cultural diversity of the guest country, encompassing different regions and communities of the country and its particular traditions. » Comme pour chacun de ses festivals, Europalia mettra donc en valeur les différentes communautés et régions du pays représenté, sans faire l’impasse sur l’apport de la culture arménienne. Il n’y aura aucune exclusive dans le cadre de ce festival.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je vous remercie, monsieur le ministre, pour votre réponse, en particulier son dernier volet qui clarifie l’engagement des responsables du festival de ne faire l’impasse sur aucune composante de la réalité culturelle historique turque. J’ai bien compris que vous veillez à préserver le dialogue entre les pays membres et les pays hôtes ; la qualité de ce dialogue s’inscrit dans le respect mutuel des histoires qui fondent les populations, notamment arménienne belge et arménienne turque, qui sont particulièrement attentives à ce que ces réalités ne soient pas masquées à l’occasion de ce festival Europalia.

Commentaires

Boghossian (non vérifié)

VOUS SAVEZ PARFAITEMENT MR. LE MINISTRE QUE "les differentes communautes et regions du pays represente" : IL N'Y A QUE DES KURDES DANS LES REGIONS ; LES ARMENIENS QUI EXISTENT ENCORE DANS TOUTES LES REGIONS D'ARMENIE OCCIDENTALE OCCUPEE PAR LES TURCS ONT ETE ISLAMISES ET MARIES A DES TURCS DE FORCE AU MOMENT DU GENOCIDE ARMENIEN ; ILS SONT TURQUIFIES PAR LE SANG TURC ! BIEN SUR SANS FAIRE L'IMPASSE SUR LA CULTURE ARMENIENNE QUE LES TURCS ONT EFFACEE, SOUS LES YEUX DU MONDE ENTIER, RECEMMENT, L'EGLISE "SOURP KHATCH" SAINTE-CROIX A AGHTAMAR REGION DE VAN BATIE EN 921 A ETE TRANSFORMEE EN MUSEE, A SON SOMMET EST ERIGE UN DRAPEAU TURC ! COMMENT ? ..sans faire l'impasse sur la culture armenienne ???

mar, 6 Mai 2014 - 17:08 Permalien