Aller au contenu principal

Vote de la Résolution sur le Double Diagnostic

Soumis par andredubus le

Chers Collègues,

Il est des combats politiques qui prennent une dimension particulièrement consistante.

La Résolution relative à la prise en charge hospitalière des personnes handicapées mentales souffrant, en plus, d'une maladie mentale avec troubles du comportement, est de ceux-là.

On parle donc des personnes atteintes d'un double diagnostic.

Peu connues du public, longtemps sous estimées par le politique, les situations que vivent les familles confrontées à un jeune ou à un adulte handicapé en pleine crise de décompensation sont très lourdes à porter, souvent trop lourdes. Or ces situations concernent des centaines de familles dans notre pays. On estime qu'un tiers des 150.000 personnes atteintes d'un handicap mental, développent un jour une maladie mentale, un trouble psychique.

Bien évidemment le problème qui fait l'objet de la résolution ne concerne pas 50.000 personnes. Mais bien celles qui, parmi ces personnes, connaissent un trouble grave du comportement : automutilation, ingestion d'objets divers, violences, agressivité, destruction de leur environnement direct, comportements sexuels inadaptés... C'est de ces personnes dont il s'agit ici.

En l'absence de réponse thérapeutique adaptée, ces patients les plus lourdement touchés échouent dans des unités psychiatriques de long séjour. Il s'agit, pour la plupart, d'unités peu équipées pour faire face aux besoins de ces patients qui y séjournent malheureusement durant des années. Avec, pour conséquence, une exclusion quasi définitive de leur milieu de vie. Au plus grand désarroi de leur famille.

C'est le message que nous livrent depuis maintenant plusieurs années des familles, des médecins, des psychiatres et des responsables de services hospitaliers. Un message fait d'indignation mais aussi d'espoir.

Une indignation face au manque de réponse hospitalière et thérapeutique adaptée ; une indignation face aux difficultés institutionnelles, médicales et culturelles qui entretiennent le cloisonnement entre les secteur de la santé mentale et celui du handicap mental ; une indignation, surtout, face à la souffrance de leur proche pris dans ces tourments psychiques que seule semble contenir une médication souvent inadaptée ; une indignation, enfin, face aux difficultés à faire entendre leur désarroi.

Indignation et espoir, disais-je.

Car c'est avant tout un message d'espoir que l'ensemble de ces acteurs portent. Ils nous le disent, ils nous l'ont dit, ici en commission : des réponses thérapeutiques adaptées et pertinentes existent. Trop peu, évidemment, mais elles fonctionnent.

On en relève deux, l'une à Bierbeek en Flandre, l'autre à Manage en Wallonie. Elles sont le fruit d'un travail de recherche inlassable d'une équipe de médecins et de paramédicaux qui ont décloisonné et intégré les préceptes thérapeutiques du handicap mental et de la santé mentale.

Ces deux services offrent aujourd'hui à ces patients double diagnostic un processus de stabilisation et de remise en confiance pour 80 % d'entre eux après 2 ou 3 mois.

Chers Collègues, la durée moyenne d'hospitalisation de ces patients est donc de trois mois. Alors que la durée moyenne dans les unités psychiatriques classiques pour ces mêmes patients est de 44 mois ! Ce sont les données fournies par le Dr Titeca lors de son audition.

C'est dire aussi tout l'intérêt économique de ces réponses thérapeutiques. Même si c'est avant tout le bien-être du patient qui doit primer. Mais quand les deux se combinent, il convient de le souligner avec insistance.

C'est ce message d'espoir que sont venus nous dire les personnes auditionnées. En insistant sur le fait qu'il n'existe rien à Bruxelles. Les familles bruxelloises sont donc obligées de se tourner vers la Flandre ou la Wallonie.

Bien sûr, un premier pas structurel a déjà été franchi avec la mise sur pied des cinq Cellules Mobiles d'Intervention (CMI) qui assurent une prise en charge ambulatoire. Ambulatoire, dis-je, et non pas hospitalière ! C'est le fruit du travail effectué par les Conférences Interministérielles Santé publique. Mais, dans 50 % des cas, ces cellules sont impuissantes et devront faire appel à une unité hospitalière. La première CMI bruxelloise est entrée en fonction depuis quatre mois. Mais cela reste insuffisant.

Par ailleurs l'évolution récente du concept de maladie chronique vers une prise en considération du malade chronique devrait ouvrir de nouvelles perspectives de soutien pour ces patients double diagnostic.

Chers Collègues,

Le hasard du calendrier, tout comme les contacts menés par le secteur auprès de la plupart des formations politiques, ont permis l'examen de cette résolution en cette fin de cette législature, à quelques encablures de la date de dissolution des Chambres. C'est heureux. On doit pouvoir le dire.

Il nous revient de porter à notre tour un message d'espoir à ces familles, à ces patients, à ces acteurs médicaux. En leur disant, non seulement, que nous les avons bien entendus et bien compris - je crois que ce fut réellement le cas, au vu de notre travail en commission, au vu de l'investissement de chacun et au vu des réactions positives du cabinet de la Ministre-. Mais surtout que nous continuerons à porter demain les enjeux de ce dont nous débattons aujourd'hui. Dans nos assemblées respectives.

Notre travail a abouti à des amendements qui rendent la résolution plus effective et plus en phase avec la réalité institutionnelle d'aujourd'hui, à la veille d'un nouveau transfert de compétences en matière de santé.

Car, de fait, il ne nous appartient pas, ou plutôt il ne nous appartient plus de définir et de préciser les besoins hospitaliers des régions. Raison pour laquelle la résolution, dans son amendement déposé par nos collègues du PS et soutenu par tous, fait appel au « Conseil National des Etablissements hospitaliers en vue de créer un nouvel indice hospitalier et d'élaborer des normes et une programmation spécifiques à ce groupe cible ».

C'est pertinent.

Mais je tiens à rappeler ici, à cette tribune, en tant que sénateur de communauté, et donc de parlementaire censé veiller aussi aux intérêts de la communauté et de la région qui m'envoient au Sénat, que Bruxelles souffre cruellement d'un manque de service hospitalier pour patients Double Diagnostic. Et qu'il est de notre devoir d'y remédier. Un intérêt se manifeste actuellement du côté du Centre psychiatrique Titeca, c'est une très bonne nouvelle.

Nous demandons également, mais de façon déterminée, que le KCE conduise une étude sur les différents enjeux du « Double Diagnostic », pour évaluer l'ampleur de la demande, les spécificités et la diversité des réponses actuelles. Je rappelle que le KCE n'a pas retenu comme prioritaire le dossier Double Diagnostic introduit récemment par la ministre ainsi que par le secteur. J'ose espérer que les choses évolueront favorablement d'ici peu. Car la demande formulée au KCE est largement fondée. Nous en avons eu encore la preuve lors du colloque qui s'est tenu ici le 11 décembre dernier, au vu du nombre d'associations présentes et qui prennent en charge des patients Double Diagnostic. Preuve que cette réalité touche de nombreuses familles, et partout dans le pays.

Nous demandons aussi au KCE d'étudier les paramètres économiques et financiers des réponses actuelles et des réponses thérapeutiques futures, de façon à objectiver, le cas échéant, les économies qu'engendrerait l'organisation de services hospitaliers adaptés. C'est particulièrement important dans le contexte budgétaire que nous connaissons.

Chers Collègues, je terminerai en vous remerciant d'avoir permis ces travaux, ces débats qui ont abouti à cette résolution votée à l'unanimité en commission. Mais, quelque part, ne faisons-nous pas que notre travail de parlementaire ? Je tiens dès lors à rendre ici hommage à ceux que nous avons rencontrés, entendus et qui se battent depuis des années pour porter leur combat. Je pense particulièrement au Dr Baetens pour ce qui relève du médical et à Claude Meyer qui parle au nom des familles. Et qui, peu le savent, font de la Belgique un pays réellement pionnier en cette matière.

La chose a été soulignée au dernier congrès européen qui s'est tenu à Madrid en octobre sur le sujet. On peut dire, une fois de plus, « C'est du Belge ». Et le travail continue !

Je vous remercie pour votre attention,

André du Bus
Sénateur

Commentaires

hanot mambres JJ (non vérifié)

merci de m'avoir communiqué ces infos

bien à vous

ven, 28 Mar 2014 - 13:33 Permalien