Question à M. Jean-Claude Marcourt, vice-président, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias
André du Bus. – Un des enjeux fondamentaux de la prévention des maladies et de la promotion de la santé est de faire acquérir à chacun des comportements sains, favorisant le bien-être et évitant nombre de maladies.
Notre société moderne connaît une expansion des maladies chroniques. Éduquer et promouvoir la santé sont les meilleurs moyens de relever ce défi de santé publique. Une stratégie utilisée en promotion de la santé consiste à valoriser et à soutenir les personnes
ressources, parmi lesquels les kinésithérapeutes jouent un rôle très important par la récurrence et la durée des séances pendant lesquelles ils travaillent sur le mouvement, élément essentiel dans notre société de sédentarité excessive. Grâce à leur connaissance du mouvement, les kinésithérapeutes peuvent prévenir l’obésité croissante chez les jeunes, l’émergence et l’inflation des pathologies dorsales et lombaires des adultes, les pathologies cardio-vasculaires. Les kinésithérapeutes connaissent et valorisent l’importance du corps, ils aident particulièrement à la prise de conscience en apprenant aux patients à être à l’écoute et à comprendre les limites et les possibilités de leur corps. Ces caractéristiques de la kinésithérapie sont les bases fondamentales de la prévention. Elles sont un atout pour combattre l’aggravation des malades chroniques.
Pour exercer avec succès cette mission, les kinésithérapeutes méritent un enseignement au niveau académique d’un master 120. Depuis un certain temps, la formation initiale des kinésithérapeutes en Flandre est déjà passée à cinq ans.
Notre but n’est pas de copier la communauté flamande, toutefois une harmonisation de l’enseignement éviterait des problèmes comme la migration entre nos régions — les commissions d’agrément étant communautarisées, une asymétrie risquerait de se développer – et l’afflux systématique en Fédération Wallonie-Bruxelles d’étudiants européens. En effet, la différence de durée du cursus incitera toujours les migrants à étudier davantage en Fédération Wallonie-Bruxelles plutôt qu’en Communauté flamande. Je fais référence à la directive 2013/55 sur la reconnaissance des qualifications professionnelles remplaçant la directive 2005/36.
Il y a environ deux ans, il avait été question de porter ces études à cinq ans. La précédente
ministre de la Santé avait accepté cette proposition sous condition de réduire l’offre trop élevée d’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles (onze institutions), qui entraînent un surplus de diplômés. Je me suis réjoui de cette décision mais je m’étonne que la cinquième année en kinésithérapie n’ait toujours pas vu le jour. Les enjeux
n’ont pourtant pas changé. Comment expliquez-vous cette stagnation du dossier alors que la volonté de réduire l’offre en raison du surplus de kinésithérapeutes est bien réelle ? Une transition est-elle en cours ? Si oui, quand sa fin est-elle prévue ?
Comment renforcer, dans la formation initiale, le rôle du kinésithérapeute comme acteur de prévention ?
M. Jean-Claude Marcourt, vice-président, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias. – En 2013, j’ai demandé à un groupe de travail mixte réunissant universités et hautes écoles d’élaborer un programme de formation en kinésithérapie sur cinq années. Ce comité devait développer une réflexion pédagogique à partir des éléments suivants : proposer des études en cinq ans sans moyens financiers supplémentaires en encourageant les collaborations entre les acteurs de la formation ; s’inscrire dans le cadre de la suppression du concours instauré pour l’octroi du numéro Inami ; dégager une vision partagée de l’organisation de la formation au niveau fédéral ; prendre en compte le fait que les kinésithérapeutes travaillent de plus en plus en équipe et veiller à ce que la formation de chacun puisse associer une qualification particulière ; assurer que cette formation spécifique soit acquise durant les deux années de master. Ma volonté était de maintenir des lieux de formation de proximité. Toute les implantations actuelles devraient être maintenues, au moins pour les études de bachelier. Pour les études de master en revanche, une répartition de l’offre doit être envisagée entre les opérateurs et se baser sur une certaine mobilité. Cela implique un niveau de connaissance et des compétences similaires pour l’ensemble des bacheliers. La formation universitaire en cinq ans consistera en une codiplomation entre universités et hautes écoles ; la structure en sera déterminée en fonction des collaborations et partenariats déjà établis.
La réforme devait être opérationnelle pour cette rentrée. Les travaux ont malheureusement pris du retard. Le groupe de travail s’est réuni à plusieurs reprises et a élaboré un projet de rapport final qui n’a pas encore été validé par les participants. La Chambre des hautes écoles et de la promotion sociale de l’Ares vient de demander que ce rapport soit revu par le groupe de travail technique, en se limitant aux missions qui lui avaient été confiées, à savoir : réfléchir sur les aspects pédagogiques. Une fois approuvé, ce document devrait être soumis au groupe de travail stratégique qui envisagera les modalités organisationnelles et transmettra le rapport final au conseil d’administration de l’Ares. Dès que ce rapport aura été validé par cette dernière, il me sera communiqué. Je vérifierai alors entre autres la place réservée dans le cursus aux domaines de la prévention. J’espère pouvoir vous proposer très prochainement un projet finalisé.
M. André du Bus. – Je vous remercie pour votre réponse et j’attends ce rapport.
Commentaires
merci pour votre message qui essaie d’uniformiser les études de kine. Pourtant re penser aux études de kine, un bacalauréat professionnalisant en 3 ans (comme ephec pour l’économie et à un master en 5 ans serait judicieux! formation de 2 niveaux!!
on n’etudie pas 5 ans , une formation universitaire pour faire une simple rééducation de marche ds le couloir pour toutes les personnes en home de soins. c’est tres dévalorisant pour un niveau universitaire un traitement plus simple peut-être fait par un autre niveaux de kine. Un lic. :un chef de service , et d’autres A1 seraient plus que judicieux. En infirmiers des niveaux differents existent, pour quoi pas en kine?
merci pour avoir pu exprimer ce message
M Goetghebuer lic kine de 1978
En réponse à par Goetghebuer Myriam (non vérifié)
Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Vous êtes gradué et moi je suis licencié !
J’ai été chef de service, je guide des stagiaires de troisième (bac) et de quatrième année (master), et j’ai pu constater, à l’occasion recrutements, que la formation des uns et des autres leur offrait une compétence qui ne relève pas de la différence de titre, mais bien de la capacité personnelle.
Quant à l’idée de faire des kinés de seconde classe pour les maisons de repos et de soins, c’est à coup sûr méconnaître leur évolution vers une médicalisation de type hospitalier. Ceci implique aptitudes particulières et spécialisations. N’enlevons pas son rôle à l’aide-soignant…
J. Nyst
Oui André, ce serait intéressante cette notion de co-diplomation. Elle pourrait s'envisager au sein de la communauté Wallonie, Bruxelles mais aussi inter communautaire , voir avec d'autres pays. La notion de prévention serait certainement plus automatique . Je m'explique en prenant l'exemple donné dans le commentaire précédent: la rééducation de marche dans le couloir serait des lors envisagée et servira d'évaluation dans des domaines multiples: acuité visuelle, équilibre, souplesse, tonus de fond, tonus postural,posturologie, rétrécissement musculaire, volition , structuration spatio -temporelle, capacité respiratoire, cardiaque endurance etc... et ensuite encoder toutes les observations. Si l'étudiant verrait son entrée dans la vie professionnelle retardée d'un an , il peut se dire qu'il fera une économie future en formations post bacc ou master , toujours très coûteuses et facilitera son engagement sur le terrain.
Lucie Guyaux Kinésithérapeute 1973 ISCAM (actuel illia Prigogine)