Discussion avec Monsieur Rudy Vervoort, Ministre-Président en charge des pouvoirs locaux, du développement territorial, de la politique de la ville, des monuments et sites, des affaires étudiantes, du tourisme, de la fonction publique, de la recherche scientifique et de la propreté publique
L'augmentation progressive du nombre de seniors a amené l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à réaliser une étude, en 2012, sur les conséquences sociétales de la vieillesse.
Bien avant cette étude, l'OMS avait donné naissance au label Villes amies des aînés, qui a vu le jour en 2005 à Rio, lors d'un congrès mondial de gérontologie et de gériatrie. Cette initiative avait bénéficié du soutien de l'Agence de la santé publique du Canada, un pays qui a toujours quelques longueurs d'avance sur l'Europe dans ces matières.
L'objectif de ce concept est de développer une politique encourageant le vieillissement actif, en optimisant la santé, la participation et la sécurité des citoyens âgés, afin d'améliorer leur qualité de vie, mais également de permettre de reconnaître les aînés comme une ressource essentielle pour leur famille, leur communauté et l'économie. Il convient d'inciter les autorités locales à développer et mettre en œuvre un programme transversal, diversifié et coordonné en faveur des aînés, et en partenariat avec eux.
L'OMS a développé sa réflexion à travers une série d'axes :
- l'accessibilité des espaces extérieurs et des bâtiments ;
- le transport ;
- le logement ;
- l'inclusion sociale ;
- tous les concepts de participation citoyenne ;
- l'emploi ;
- la communication et l'information ;
- le soutien communautaire ;
- le développement des services de santé.
Dans sa déclaration de politique générale, le gouvernement bruxellois s'est engagé à mettre en place un plan spécifique pour les personnes âgées à Bruxelles dans le cadre de ses compétences, prêtant une attention particulière aux personnes qui voient petit à petit certaines de leurs facultés s'amoindrir. L'accord de majorité fait d'ailleurs explicitement référence au label Ville amie des aînés de l'OMS.
Avez-vous pris connaissance de l'étude réalisée par l'OMS sur les "Villes amies des aînés" ? Pour cette nouvelle législature, qu'est-il mis en place par la Région bruxelloise pour maintenir ce label, que Bruxelles avait été la première ville belge à recevoir ? Quelles démarches sont-elles entreprises pour favoriser l'autonomie des personnes âgées et promouvoir leur qualité de vie dans le cadre des différentes politiques menées en Région de Bruxelles-Capitale ? Des concertations avec l'ensemble du gouvernement bruxellois, avec le Collège réuni de la Cocom et avec le gouvernement de la Cocof sont-elles régulièrement menées sur l'enjeu majeur des années à venir que représente la bonne inclusion des seniors dans la société bruxelloise ?
À cet égard, votre rôle est essentiel. En effet, de nombreuses mesures à prendre ne concernent pas directement vos compétences. Je pense à l'adaptation des logements pour permettre le maintien à domicile, à la mise en place d'une politique de formation et d'emploi dans les domaines de l'aide et des soins aux personnes âgées ou au développement d'une offre de mobilité adéquate. En votre qualité de ministre-président, vous avez en revanche à mettre en place les articulations, à favoriser le dialogue et à créer les ponts pour intégrer ces préoccupations de manière transversale.
Vous avez également la responsabilité d'intégrer cette question dans vos propres politiques, par exemple en matière d'aménagement du territoire et de soutien aux pouvoirs locaux. Sur ce plan aussi, lors de votre précédente intervention, vous aviez évoqué la nécessité, pour la Région, d'intégrer les principes d'une proximité urbaine favorisant les distances courtes en s'appuyant sur le renforcement des noyaux d'identité locale des quartiers.
Manifestement, il y a là une volonté de travailler de manière transversale. J'espère que vous allez poursuivre dans cette voie et concrétiser vos objectifs.
M. le président.- La parole est à M. Vervoort.
M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Tout est lié et à ce titre, il faut intégrer dans la réflexion les enjeux liés à la mobilité, au cadre de vie, aux espaces verts, etc., qui concourent au vivre ensemble. C'est au travers de toutes ces politiques que nous pouvons réaliser le vivre ensemble.
Vous parlez de coordination, comme s'il suffisait de se réunir pour régler les choses. Cela ne fonctionne évidemment pas comme cela dans une dynamique gouvernementale ! Cela ne veut pas dire que chacun travaille dans son coin, mais plutôt que chacun a sa part de responsabilité, selon ses compétences. Le volet du vivre ensemble de l'accord de majorité reprend toutes ces préoccupations, et chaque membre du gouvernement, dans le cadre de ses compétences, décline donc ces principes. Alors on pourrait mettre en place une conférence interministérielle sur un tel sujet, mais cela semble un peu absurde puisqu'elle réunirait les mêmes personnes !
Dans le volet consacré au vivre ensemble de l'accord de majorité, la question des enfants et des aînés est présentée comme un enjeu important de nos villes, car, même si Bruxelles rajeunit en raison de l'explosion démographique, la population de 60 ans ou plus y est de plus en plus importante. On constate, pour des questions de facilité eu égard à la mobilité, aux soins de santé, etc. un retour en ville de personnes qui ont fait leur vie en périphérie jusqu'à atteindre la retraite.
Je vous rassure : ces enjeux sont également bien présents dans le projet de Plan régional de développement durable (PRDD), qui sera bientôt mis à l'enquête publique. Ils intègrent la vision que nous avons de la Région pour l'avenir.
Vous pouvez interpeller chaque membre du gouvernement sur tous les volets de ce dossier. Chaque ministre doit, dans le champ de ses compétences, mettre en œuvre ce que nous avons convenu pour rendre notre Région inclusive.
Par ailleurs, si nous encourageons la coordination au sein du gouvernement, il nous faut admettre en toute franchise que les diverses conférences interministérielles (CIM) ont tenu très peu de réunions. Je ne suis pas pour une formalisation de ces rencontres qui, selon moi, n'apportent rien. Bien entendu, si les ministres expriment le souhait de coordonner leurs actions davantage, je ne pourrai que m'incliner. Je n'ai toutefois encore rien entendu en ce sens.
Une coordination suprême ne correspond pas à la réalité, malgré vos fortes attentes en la matière.
M. le président.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Votre réponse me laisse un peu circonspect. Je vous pose une question sur le label des Villes amies des aînés et sur la prise en considération des personnes âgées, et vous me répondez sur deux plans. Le premier vise à mettre en avant toute la transversalité des politiques. Le second parle du vivre ensemble.
M. le président.- La parole est à M. Vervoort.
M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Je n'ai peut-être pas fait le lien de manière évidente entre le label, l'étude de l'OMS publiée en 2007 et l'accord de majorité, mais les points repris dans le volet consacré au vivre ensemble de ce dernier émanent de considérations en lien avec ce que le rapport de l'OMS préconisait pour respecter ce label. La relation entre l'accord de majorité et le label des Villes amies des aînés est donc indirecte.
M. André du Bus.- L'application du concept de transversalité par les acteurs du gouvernement est un élément important. On n'arrête pas de parler de transversalité depuis quelques années, car on s'est rendu compte des limites du travail en silo des différentes matières. Le secteur de la santé mentale a, par exemple, fait les frais de ce type de travail en ne dialoguant jamais avec le secteur du handicap mental. Ces deux secteurs créent aujourd'hui des synergies pour travailler ensemble.
Le clivage de notre organisation politique des matières crée de grandes difficultés. Cette organisation répond à des soucis de simplicité, de lisibilité et d'ego. Comment peut-on transcender ses propres enjeux pour construire une vision collégiale ? Votre position vous impose le rôle d'homme-orchestre en la matière !
M. Rudi Vervoort, ministre-président.- La prise de conscience de la nécessité de la transversalité est née dans un cadre d'urgence avec les écoles. L'idée de réunir les deux ministres de l'Enseignement, de mettre en place le facilitateur pour mettre de l'huile dans les rouages est en dehors de notre champ de compétences. On aurait d'ailleurs pu nous reprocher de nous en charger.
La sixième réforme de l'État va sans doute encore approfondir le besoin de coordination dans des domaines comme les maisons de repos ou les allocations familiales.
Parallèlement à une décentralisation accrue, nous serons amenés à maintenir des socles communs. C'est le paradoxe du processus.
Ce besoin de coordination va donc aller grandissant, à la fois dans l'entité même et dans ses relations avec les deux autres entités. À Bruxelles, nous nous négocions avec deux Communautés. La tâche est plus facile pour la Région wallonne, qui doit s'entendre avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, que pour nous, qui avons également la Communauté flamande comme interlocutrice. La réussite de la sixième réforme de l'État à Bruxelles dépendra de la coordination.
M. André du Bus.- N'oublions pas le niveau communal. En la matière, il existe des conseils
consultatifs des personnes âgées.
M. Rudi Vervoort, ministre-président.- J'ai récemment été interpellé par Mme Trachte à ce sujet.
M. André du Bus.- Comme pour beaucoup de conseils consultatifs, l'initiative se décline à des vitesses totalement différentes d'une commune à l'autre, avec des succès tout aussi divergents, allant de la parade complète engendrant de grandes frustrations parce que l'on a créé des attentes, à une certaine efficacité.
Sur cette question, vous devez prendre vos responsabilités en tant que ministre en charge des Pouvoirs locaux.
M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Dans ma réponse à Mme Trachte, j'avais rappelé les limites de l'action que je pourrais entreprendre vu l'autonomie communale. Nous avions envoyé un vade-mecum des bons usages aux communes, qui en ont fait ce qu'elles voulaient.
Créer des mécanismes incitatifs est donc un moyen d'agir, mais la tendance actuelle, dans l'accord de majorité, est plutôt à la rationalisation des subsides pour mettre de l'ordre dans ces mécanismes.
L'autonomie communale est un principe qui m'est cher, et il impose une limite à l'action du gouvernement.
M. André du Bus.- Il y a une limite à votre action, mais rien ne vous empêche de valoriser les bonnes pratiques. Lorsqu'une bonne pratique est reconnue par un échelon supérieur, on en parle et on se l'approprie très rapidement.
Je trouve très intéressant d'apprendre la façon dont vous vivez la transversalité en tant que ministre-président.
Je vous invite à le faire davantage.
Commentaires
bonjour
c'est une très bonne chose que d'évoquer les conseils consultatifs communaux d'aînés
quel est le document dont parle Rudy Vervoort
en Wallonie une circulaire a été envoyée à toutes les communes pour soutenir la création de ces C.C.C.A. L'autonomie des communes n'est pas bavouée c'est simplement un incitant
cordialement arlette