C'est avec beaucoup de curiosité que les habitants de la place Van Meyel voient des travaux de fondation menés depuis une semaine dans la partie "avant" de la place. Sans aucune information sur la destination de ces travaux, les ouvriers se bornant à répondre "Nous n'avons rien à dire, notre mission est d'effectuer des travaux de fondation, pour plus de renseignements, adressez vous à la commune".
C'est donc ce que j'ai fait en déposant une interpellation qui a été prononcée lors du Conseil communal de ce lundi 4 mai. Voici le texte de l'interpellation:
Monsieur le Bourgmestre,
Les habitants du quartier de la place Van Meyel se posent des questions à propos des fondations récemment menées sur la-dite place.
L'idée la plus généralement entendue fait état de l'installation prochaine d'un monument, (une stèle?), commémorant le centenaire du génocide des Chrétiens d'Orient.
J'utilise à dessein l'expression « Chrétiens d'Orient » car les rumeurs font plutôt état d'une commémoration des populations autres que arméniennes victimes de ce génocide. On sait que si la population arménienne fut la principale victime de la planification orchestrée par le gouvernement « Jeune Turc » de l'époque faisant 1,5 million de victimes, d'autres populations chrétiennes furent aussi visées : les Araméens, les Assyriens, les Chaldéens, les Syriaques, ainsi que les Grecs pontiques. Ce qui représente un million supplémentaire de personnes victimes de cette forme de nationalisme poussée à son extrême, puisque voulant l'anéantissement de « l'autre ».
Si, le cas échéant, vous confirmez qu'il s'agit bien d'un monument commémoratif de ce génocide, ce que nous soutiendrons de façon totale, car tout ce qui permet de renforcer le devoir de mémoire à ce propos est digne de soutien et d'encouragement, il n'en demeure pas moins qu'une information claire mérite d'être portée à la connaissance des habitants de ce quartier.
Mes questions sont les suivantes :
- Confirmez-vous que ces fondations sont destinées à recevoir un élément commémoratif ? Sinon quelle est la destination de ces travaux ?
- Si tel est le cas, à quoi fera précisément référence ce monument ? Aux chrétiens d'Orient, ou plus spécifiquement à quelles populations ?
- S'il s'agit bien d'un monument commémoratif faisant référence au centenaire du génocide, pourquoi avoir prévu un timing décalé par rapport au centenaire du génocide arménien (24 avril) ?
- Des questions d'ordre urbanistique peuvent être posées, relatives au terrain (public ou communal), à un plan d'implantation du pourtour, en relation avec les aménagements de la future église, sur le maintien des bulles à verre situées juste à côté, sur le type de matériau utilisé, sur le nom de l'artiste et enfin sur le budget.
- Enfin, pourquoi ne pas avoir prévenu anticipativement la population locale de l'objet de ces travaux ?
Je vous remercie déjà pour vos réponses.
André du Bus
A l'occasion de sa réponse, le Bourgmestre a confirmé qu'il s'agissait bien d'une stèle commémorative du génocide des Chrétiens d'Orient (Chaldéens, Assyriens, Syriaques, Araméens...), en réponse à la demande de quatre associations dont la principale, le Centre Bruxellois du Génocide Syriaque.
Le monument sera bien érigé sur un terrain public qui est distinct de la propriété de la Fabrique d'Eglise. Le déplacement des bulles à verre n'est pas prévu dans un futur proche mais bien leur remplacement par des bulles souterraines dans le cadre du futur aménagement de la place.
Le monument est en granit et l'artiste est Mr Nebil SUNAL. Le financement est assuré par voir de donations coordonnées par les associations qui sont à l'initiative du projet. Seules les fondations sont à charge de la commune, pour un budget de 10.250€.
Si les riverains n'ont pas été prévenus anticipativement par voie d'enquête publique, c'est parce qu'une enquête n'est pas requise pour l'érection d'un tel monument sur un terrain situé en zone non protégée. Il est prévu de distribuer aux riverains un document d'informations reprenant la nature du monument et les invitant à l'inauguration prévue le 22 mai à 13h00.
Il n'empêche, on peut se poser la question de savoir pour quelles raisons le sujet n'a pas été préalablement communiqué auprès de la population locale, ni, comme le faisait remarquer Damien Gérard, fait l'objet d'un point spécifique en conseil communal. Il s'agit d'un enjeu qui reste très sensible.
Commentaires
Merci André d'avoir tiré les choses au clair- quoi que la réponse me paraît assez évasive.
... de même, dans les temps de restrictions budgétaires actuels, est-il absolument nécessaire d'élever des monuments?
Etterbeek est l'une des communes les plus taxées mais personnellement j'aurais préféré que l'on commence par enterrer les bulles à verre afin de rendre la place Van Meyel un peu plus propre et sympathique d'aspect!
Ou que l'on "marque" les emplacements de parking dans les rues afin que certains égoïstes malotrus ne s'approprient 2 places pour leur petite auto.
Tant de petites choses à faire, plutôt que "des travaux inutiles" même s'il est politiquement louable de graver l'histoire dans nos mémoires!
En réponse à par kaisin (non vérifié)
Je comprends bien ton interrogation. Ceci étant, l'enjeu "citoyen" que représente le devoir de mémoire dans le contexte actuel me semble d'une grande urgence car il touche la cohésion sociale. C'est aussi une manière de rester attentif à la barbarie actuelle, fruit d'un nationalisme exacerbé, qui aboutit aux persécutions qui se déroulent aujourd'hui même à l'égard des chrétiens d'Orient soumis au sabre de Daesh!
Merci pour cette enquête. Je suis étonné d'apprendre qu'il soit possible de faire des travaux de constructions modifiant le paysage sans une enquête publique. Je ne comprend pas cette notion de zône non protégée. Pouvez-vous m'en dire plus?L'association qui a demandé cette oeuvre artistique payera-t-elle un loyer ? Puis-je aussi demander que l'on dépose une de mes oeuvres sur cette place ? A côté, juste devant ? Ma question est uniquement juridique. Il n'est évidement pas question de rentrer dans le débat du génocide en ce qui me concerne.
En réponse à par Eric Favresse (non vérifié)
Je me renseigne auprès du service de l'urbanisme à propos de ce qui relève ou non des zones protégées/non protégées.
Bonjour André,
je rejoins la question de savoir pourquoi la "publicité" à propos de cette question ne fut pas faite au préalable, ni pourquoi cette question ne fut pas mise à l'ordre du jour du Conseil communal.
Pourquoi encore et toujours agir de façon si peu démocratique, même éclairée, quand il est question d'un sujet d'éducation citoyenne et permanente? Toute opposition constructive et interactive enrichit.... Je déplore la non prise en compte de ces éléments.
Jean Pierre Aussems
Habitant d' Ettterbeek.
En réponse à par Aussems (non vérifié)
A ce stade je n'ai pas d'explications spécifiques à fournir. Sur le plan formel, il n'était pas nécessaire que le Conseil communal donne son aval pour ce type de décision. Mais vu l'enjeu et la sensibilité du sujet , il eût été judicieux de communiquer la chose au CC, ne fût-ce que "pour information".